Comment s’y retrouver dans la jungle des labels ?

Dans le domaine de la construction neuve, on ne sait parfois plus où donner de la tête tant les labels se multiplient. Si la plupart affichent des objectifs communs (rendre les nouveaux bâtiments moins gourmands en énergie), il existe cependant quelques différences.

Avant de se lancer dans un projet de construction, il est important d’y voir clair afin de choisir le concept qui correspond le mieux à son projet. C’est l’occasion de réaliser un petit tour d’horizon de ce qui se cache derrière ces différentes appellations et leur réel impact en termes de consommation (et parfois de production) d’énergie. Un des points essentiels est de bien différencier les labels indépendants (facultatifs) des réglementations publiques, qui sont, elles, obligatoires. Nous allons nous intéresser aux labels suivants, qui font partie des plus utilisés :

  • RT 2012
  • BBC
  • BEPOS
  • HPE/THPE
  • HQE/THQE
  • Maison passive

 

1. RT 2012
Commençons par certainement le sigle le plus connu de tous : la norme de construction RT 2012 (Réglementation Thermique 2012). Il s’agit de l’une des mesures retenues à l’issue du Grenelle de l’environnement de 2007. Entrée en vigueur fin 2011, cette norme a remplacé sa précédente version, la RT 2005, et s’applique à tout bâtiment neuf quel que soit son usage (logement ou bureau). Elle a trois objectifs :

  • limiter les pertes d’énergie grâce à l’utilisation d’isolant thermiques performants
  • minimiser les variations de température dans le logement (une fois de plus grâce à l’isolation thermique)
  • minimiser la consommation d’énergie primaire (c’est à dire l’énergie utilisée pour le chauffage, l’eau chaude, la climatisation, l’éclairage etc)

Ainsi tout est pensé pour maximiser l’efficacité énergétique du bâtiment. La consommation annuelle devra ainsi être inférieure à 50 kWh/m², divisant par trois la consommation maximale par rapport à la norme précédente. Ce seuil varie légèrement selon un “coefficient de rigueur climatique”, qui dépend du lieu d’implantation du bâtiment (région et altitude). Ainsi en zone montagneuse ou dans le Nord de la France, la consommation d’énergie peut être légèrement supérieure pour s’adapter à un climat plus froid, alors que dans le Sud de la France elle devra être inférieure car les besoins de chauffage sont moindres.

2. BBC
Le label BBC (Bâtiment Basse Consommation) est un label créé par l’association professionnelle Effinergie en 2007, et mis à jour en 2017. Il s’obtient une fois la construction achevée, en faisant venir un organisme de certification qui vient vérifier que les différentes exigences définies dans le cahier des charges sont respectées.  Tout comme la RT 2012, ce label fixe une consommation annuelle maximale de 50 kWh/m² pour les bâtiments neufs (c’est d’ailleurs lui qui a inspiré le seuil défini dans la RT 2012), mais elle valorise d’autres critères que l’efficacité énergétique, notamment la conception bioclimatique, le confort de ses habitants et leur sensibilisation à la transition énergétique. Les bâtiments basse consommation doivent aussi tenir compte du milieu environnant pour le choix de l’implantation, valoriser le soleil pour fournir chaleur et luminosité, optimiser la disposition des pièces et garantir une bonne étanchéité à l’air tout en assurant une ventilation optimale.

3. BEPOS
Le label BEPOS (Bâtiment à énergie positive) est également un label créé par l’association Effinergie en 2013, mis à jour en 2017. Si on prend sa définition la plus simple, un bâtiment à énergie positive doit produire plus d’énergie qu’il n’en consomme. Cela implique donc d’être à la fois peu gourmand en énergie, mais aussi équipé dès sa construction d’une source d’énergie renouvelable (que ce soit du solaire, de l’éolien, etc). Une fois de plus, la consommation d’énergie est plafonnée par la RT 2012. Quant à la production, il n’y a pas de seuil imposé et cela dépend donc de la source d’énergie choisie et de son rendement. L’idéal est de couvrir les besoins du foyer, soit en moyenne 5000 kWh/an (une maison de 100 m² consommant 50 kWh/m² par an). Cela correspond par exemple à une installation photovoltaïque d’une puissance de 4 kWc par exemple.

4. HPE et THPE
Le label Haute Performance Energétique (HPE) existe depuis 1978 et concerne tous les acteurs du bâtiment. Il a été complété en 2005 par le label THPE (Très Haute Performance Energétique). A l’heure actuelle, ces deux normes sont toutes les deux définies par rapport à la RT 2012, car elle doivent avoir une efficacité énergétique supérieure à la norme en vigueur qui sert de référence :

  • Pour obtenir le label HPE, les bâtiments doivent consommer 10% d’énergie primaire en moins que la RT 2012 (soit au maximum 45 kWh/m²/an)
  • Pour obtenir le label THPE, les bâtiments doivent consommer 20% d’énergie primaire en moins que la RT 2012 (soit au maximum 40 kWh/m²/an). A cela s’ajoute des exigences supplémentaires sur la production d’énergie via des panneaux solaires (ou autre énergie renouvelable), ou sur l’installation d’une pompe à chaleur.


5. HQE et THQE
Les labels HQE (Haute Qualité Environnementale) et THQE (Très Haute Qualité Environnementale) s’inspirent des labels HPE et THPE, auxquels ils ajoutent une dimension sanitaire, hydrologique et végétale. Il s’agit d’un label privé et facultatif, dont l’obtention peut être demandé en réalisant une démarche auprès de l‘association HQE. Il repose sur un référentiel de quatorze cibles, qui doivent être respectées lors de la conception et la construction du bâtiment.
La « Démarche HQE » comprend ainsi des critères portant sur l’aspect écologique de la construction, la gestion des ressources (énergie et eau) et des déchets, le confort et enfin la santé de ses habitants.

Pour respecter la « Démarche HQE », le bâtiment doit atteindre au minimum :

  • 7 cibles au niveau de base
  • 4 cibles supplémentaires (soit 11 cibles) au niveau performant
  • 3 cibles supplémentaires (soit 14 cibles) au niveau très performant

La maison THQE intègre elle des critères supplémentaires, notamment sur la conception bioclimatique (orientation et positionnement des pièces afin de bénéficier de la chaleur apportée par le soleil) et le choix des matériaux (écologiques, sains et locaux).

6. Maison passive
Issu de l’initiative allemande “Passivhaus”, le label français “Maison Passive” est également un label créé par une association. Le concept de maison passive est basé sur le fait que la chaleur dégagée lorsqu’elle est occupée (par ses habitants ou les appareils électroménagers) et la chaleur apportée par le soleil sont suffisantes pour vivre à une température agréable et confortable. La maison va donc être conçue pour minimiser les pertes d’énergie, et rendre ainsi le chauffage facultatif. Pour cela, outre une isolation très performante, elle s’appuie en grande partie sur une conception bioclimatique :

  • bâtiments compacts pour limiter la surface de mur et de plancher
  • positionnement des pièces de vie au sud et des “espaces tampons” au nord
  • larges ouvertures au sud afin de laisser entre la chaleur et la lumière en hiver
  • débords de toit pour empêcher le soleil de chauffer la maison en été
  • mise à profit de l’environnement de la maison (arbre, relief, etc) pour réguler la température

Le but est que cette maison soit confortable à vivre tout au long de l’année, grâce à une ventilation bien pensée, une récupération de la chaleur sortante et une isolation très performante, notamment au niveau des ouvertures (avec du triple vitrage par exemple). La consommation d’énergie primaire ne doit ainsi pas dépasser les 15 kWh/m² par an. En revanche, aucune obligation ne porte sur la production d’énergie. Pour autant, le concept de maison passive n’est pas incompatible avec le label BEPOS par exemple.

Le graphique ci-dessous résume les consommations maximales (et éventuellement les seuils de production) pour chaque label, comparé à une maison Solaire Box.

Et la RE 2020 dans tout ça ?

Pour le moment les discussions sont encore en cours au sujet de la RE 2020 entre les pouvoirs publics et les représentants des constructeurs. Si certains élements sont déjà préssentis (le renforcement des normes d’isolation par exemple), le détail de la RE 2020 n’a pas encore été dévoilé, et ne le sera pas avant la fin de l’année. D’après les éléments communiqués par le CSCEE il pourrait même être reporté. Quoiqu’il en soit, l’utilisation du sigle “RE” (Réglementation Environnementale) et non “RT” (réglementation Thermique) indique que la dimension environnementale sera prise en compte, notamment dans le choix de matériaux durables et l’ajout d’une source d’énergie renouveleable, afin de s’aligner sur les exigences des labels BEPOS ou THPE par exemple.

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